lundi 23 mars 2015

Tu prendras le temps mais sans le saisir.
Peut-être n'y a-t-il même pas de temps
comme lorsqu'on est au coin du feu
et qu'on devient peu à peu une flamme,
ou comme le merle qui n'attend rien
sur la branche du cerisier !

Tu ralentis, tu ralentis.
Ce n'est plus toi qui avance,
c'est le paysage qui défile.
Les voitures foncent, et toi,
même en marchant, tu es comme immobile.
Tu contemples ces visages au volant
les épaules hautes et crispés
qui vont quelque part.
Tu vas aussi quelque part,
mais ce pourrait être ailleurs.
Cela n'a pas d'importance!
Là-bas personne ne t'attend vraiment.
On te sourit, on te parle.
On fait comme si. On fait semblant.
Mais les ponts-levis sont fermés.
Chacun monte la garde :
inutile de frapper à la porte !
Chacun se donne l'importance qu'il peut
en laissant glisser l'huile bouillante
de sa bouche mâchicoulis.

Et pourtant derrière ces hautes murailles,
il y a des petits jardins où il ferait bon
s'asseoir sur un banc, causer un peu,
se dévoiler, recueillir quelques larmes,
se rafraîchir avec des rires,
partager cette manière unique
que chacun a pour faire pousser des fleurs !
Peut-être est-ce trop tard ?
Le travail, c'est du sérieux.
C'est mieux quand on est raide
qu'on se donne l'air rigoureux.
On gagne sa vie puis on la perd.
On est même perdu quand on a rien à faire.
Et le temps viendra où il n'y aura rien,
ou seulement un bourdon
qui vient cogner à la fenêtre.
Étrange ce bourdon !
Pourquoi s'obstine-il à se cogner ainsi ?

Le merle n'a pas bougé.
Ses plumes noires sont des capteurs solaires !
Et toi, de quoi as-tu peur ,
Dis, de quoi as-tu peur ?
Est-ce si sûr que cela
que notre vie doit être
réglé comme du papier à musique ?

Ce matin, tu n'as pas chanté.
Tu n'as pas dansé.
Tu a oublié que la vie se poursuit,
la vie pépie, la vie explose,
la vie déborde !
le magnolia prépare ses flammes mauves,
les pivoines montrent leurs dents rouges
le forsythia retient encore son or.
Et toi, que retiens-tu ?

N'y a-t il pas quelque chose qui se prépare ?
Tu voudrais dire encore
quelques mots en folie,
caresser un visage et partir loin
sans te retourner et sans jamais savoir
ce qui est arrivé.
On est tellement plus beau qu'on ne le pense,
tellement plus vrai,
tellement plus infinis
que nos miroirs obscurs !


1 commentaire:

  1. J'avais posé un com....
    Très beau texte François !
    Bonne soirée

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